Depuis 2004, je pratique l’hypnose pour en explorer les possibilités artistiques. Le protocole est toujours le même : après avoir endormi une personne, je lui raconte une histoire dont elle est le personnage principal ; au réveil, j’écoute le récit de son expérience. Ce récit me frappe à chaque fois comme extraordinaire, dans tous les sens du terme. En effet, l’état hypnotique permet autre chose que de simplement écouter une histoire : la parole entendue devient proprement effective ; les mots ne sont plus perçus en tant que tels, ils produisent directement des images dans l’esprit de celui qui les reçoit. Ces hallucinations, qu’elles soient visuelles, auditives, tactiles, sont vécues avec un degré de réalité qui s’apparente à l’expérience du rêve.
L’hypnose suscite ainsi chez le spectateur endormi une fiction vécue. C’est un rêve scénarisé, guidé par la voix, mais qui déborde sans cesse son propre cadre : car entre le mot prononcé par l’hypnotiseur et l’expérience qu’il suscite chez l’hypnotisé, il y a tout l’écart irréductible de l’imaginaire et de l’inconscient de chacun. Le même scénario va ainsi s’actualiser d’une manière à chaque fois différente, avec une foule imprévisible d’images et de détails singuliers. En cela, ce dispositif se révèle une formidable machine à produire de la fiction. C’est pourquoi l’hypnographe est non seulement celui qui écrit dans le sommeil des autres, mais aussi celui qui recueille leurs rêves et leur donne forme.
Joris Lacoste
conférence - 2011
Cette conférence présente la manière dont, depuis 2004, j’utilise l’hypnose à des fins artistiques. Elle est illustrée de nombreux enregistrements de récits hypnotiques.
(performance avec un invité) - 2010
Cette performance est une discussion post-hypnotique : avant l’entrée du public, j’ai hypnotisé mon invité et lui ai raconté une histoire écrite pour l’occasion. Lors de la discussion, je l’interroge sur ce qu’il a vécu pendant la séance. La nature particulière de son récit (il semble raconter des événements tout à la fois réels et impossibles) et la relation paradoxale qui s’instaure entre nous (il me raconte quelque chose que je sais déjà en partie, je le renseigne sur le déroulement de ce qu’il a vécu) produit une sorte de “fiction réelle” qui jette un doute sur la situation familière de l’entretien.
installation performée - 2010
Pendant toute la durée du Printemps de Septembre à Toulouse, j’ai occupé un espace d’exposition transformé en cabinet d’hypnose. Il s’agissait ici de proposer l’hypnose comme art et la séance comme œuvre, comme performance. Performance doublement singulière, dans la mesure où elle avait lieu pour un seul spectateur, et que ce spectateur était endormi.
J’ai ainsi proposé chaque jour à 14h une séance d’hypnose pour un spectateur du festival. Le festival durant 22 jours, il y a eu 22 séances et donc 22 spectateurs. Chaque séance était documentée par une vidéo. Lors du vernissage, l’exposition présentait 22 écrans vides. Elle s’augmentait d’une nouvelle vidéo chaque jour, et était complète à la fin du festival.
(pièce radiophonique et installation) - 2009
Pour cette pièce, j’ai d’abord écrit un scénario sous la forme d’une histoire à la deuxième personne : la visite d’un musée d’art contemporain. Dans la Suite de la Maison Rouge à Paris, j’ai raconté successivement cette histoire à sept personnes hypnotisées : Rodolphe Congé, Jocelyne Desverchère, Anne Chaniolleau, Nicolas Couturier, Kenji Lefèvre-Hasegawa, Adrien Bardi Bienenstock, Frédéric Danos. Après chaque séance, j’ai demandé à chacun de me raconter ce qu’il avait vécu. Au Musée du sommeil est un montage sonore réalisé à partir de ces sept enregistrements : c’est le récit croisé de la visite d’une exposition imaginaire.





